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TribuneDe la difficulté du discours scientifique dans les médias par Daniel Villessot, Directeur scientifique de Lyonnaise des Eaux

Les autorités sanitaires, les collectivités locales, les professionnels de l'eau se mobilisent pour améliorer la qualité de l'eau du robinet, en faire un produit sain, écologique et économique... Cependant, régulièrement les médias se font l'écho de préoccupations qu'auraient nos concitoyens sur les risques sanitaires qui seraient liés à sa consommation.
Que faut-il en conclure ?
- que notre vigilance et notre surveillance qui se conjuguent avec celles des pouvoirs publics, notamment de santé (DGS, DRAST, AFSSA) ne sont pas efficaces, ni pertinentes ou pas bien ciblées ?
- que les importants moyens de communication déployés (publications dédiées, spots télévisés, sites internet,...) ne parviennent pas encore à informer en toute transparence nos clients consommateurs qui ne sont pas suffisamment informés des résultats des analyses de qualité et des efforts que nous réalisons en étroite collaboration avec les collectivités organisatrices du service public?
- que malgré ces efforts techniques et de communication menés, qui permettent aujourd'hui d'observer des indices élevés de satisfaction du service public de l'eau et de l'assainissement (proches de 80%), ils ont perdu la confiance en cet aliment dont la qualité n'a cessé de s'améliorer, au point qu'aujourd'hui, nous pouvons nous attaquer à ses qualités non seulement organoleptiques (l'eau « bonne à boire») mais aussi de confort pour les usages domestiques (corrections des caractères corrosif ou entartrant) ?
Je suis personnellement convaincu qu'au-delà de ces questionnements légitimes, d'autres éléments doivent être pris en considération pour expliquer ces épisodes renouvelés de « crise essentiellement médiatique ».
Pourquoi des crises médiatiques à répétition ?
Au-delà de ces justificatifs et interrogations que nous produisons sur la base de considérations scientifiques et techniques, je vous invite à nous poser la question des autres motivations possibles autour de ces « crises médiatiques » à répétition.
Quelles sont les raisons de ces excès ? Nous avons connu par le passé une crise de ce type lorsqu'en 1998 des articles scientifiques sont parus dans des revues scientifiques et ont été repris par les grands médias publics pour alarmer la population ; mais voilà, les démentis scientifiques publiés dans les mêmes revues n'ont pas été repris dans les grands médias !
Il existe à l'évidence, une incompatibilité forte des bases de temps qui sont celles qui gouvernent les désirs actuels de très grande réactivité des médias, avec celles qui sont nécessaires à la validation et à l'expression d'une vérité scientifique, confirmée par des Experts. Le domaine de la qualité de l'eau potable n'est pas le seul « marronnier » souhaité par les médias, mais convenons qu'il est sans doute un de ceux qui trouve facilement écho auprès des consommateurs !
Face à ces « crises médiatiques », ne faut-il pas relire avec intérêt l'excellent livre de Christophe Lambert « La société de la peur » et tenter de comprendre les raisons de ces dépressions et de trouver le chemin qui nous en sortira ? L'époque est technologique, c'est banal de le dire, aussi bien pour la communication que pour la santé, l'environnement mais bientôt tous les aspects de notre vie sans exception, avec les biotechnologies, les nanotechnologies et l'intelligence artificielle. Or, le débat français, politique, médiatique et même au sein des communautés scientifiques, a beaucoup de mal à intégrer que cette hyper-technologie rend les choses, donc les réponses, hyper-complexes.
Au delà de la dimension technologique je souhaiterais souligner le professionnalisme et la qualité des actions qui sont conduites par des professionnels, chaque jour dans les exploitations, sur le terrain.
L'eau du robinet est bonne à boire
Nous agissons en effet tout d'abord dans le cadre de plans de gestion préventive des risques sanitaires, sous assurance qualité de type ISO 22000 ou à tout le moins 9100, version 2000, dès que nos équipes constatent une dégradation de la qualité du produit fini. Lorsque nécessaire, en liaison avec les collectivités maître d'ouvrages, elles proposent et mettent en œuvre des solutions correctives de protection de la ressource amont, ou de diversification des ressources ou enfin de traitement curatif plus avancé.
L'eau du robinet est bonne à boire car elle est conforme aux normes sanitaires françaises déduites, et quelquefois plus sévères que celles de la directive européenne, elle-même plus sévère que les recommandations de l'OMS. Les cas de maladies pathogènes liés à l'eau de distribution publique sont l'exception.
54 critères de potabilité sont régulièrement suivis. Mais voilà, certains éléments sont plus particulièrement médiatisés (les nitrates, les pesticides, l'aluminium, la radioactivité et le radon en particulier, les résidus médicamenteux) alors même que les instances sanitaires françaises, européennes, internationales ne leur reconnaissent pas de danger particulier en deçà des normes sanitaires fixées par des Experts reconnus. Des travaux de recherches sont en cours dans nos laboratoires et nos centres de recherche, souvent en collaboration avec nos partenaires universitaires, en France et à l'étranger pour encore améliorer nos connaissances, et répondre à la question :
Peut-on trouver des risques associés à ces molécules que l'ont sait analyser aujourd'hui à l'état d'ultra-traces (inférieures au nano-gramme / litre) ?
Les ressources en eau doivent bénéficier d'une protection accrue : la directive cadre sur l'eau et d'autres outils réglementaires (ses directives filles, REACH) vont y contribuer dès que les effets d'hystérésis des milieux naturels auront disparus et que leurs mises en œuvre seront complètes et efficientes.
Si les risques sanitaires sont avérés, devra-t-on pousser les traitements de purification des eaux au-delà des seuils de risques environnementaux recherchés aujourd'hui, en toute connaissance des contraintes de coûts et d'impact carbone complémentaires aux traitements actuels ?




