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L’eau en 2030 doit être la priorité des collectivités locales, par Jacques Attali, Economiste

Pourriez-vous nous rappeler dans quel contexte est née la notion de Croissance verte ?
La Croissance verte est un concept qui remonte aux années 1975-1980, au moment de la première crise de l'énergie, lorsque l'on a commencé à évoquer les énergies de substitution. Au départ, le débat était essentiellement théorique. Beaucoup de spécialistes prétendaient qu'il fallait arrêter la croissance pour stopper la pollution. Or pour réduire la dégradation de l'environnement, ce n'est pas le niveau de la croissance qu'il faut modifier, mais la nature de la production, et notamment les conditions de production pour qu'elles deviennent moins gaspilleuses d'énergie. On le voit bien avec la crise actuelle. La solution n'est pas dans une remise en question de la croissance mais dans un autre type de croissance. C'est ce que porte le modèle de la Croissance verte qui crée les conditions d'une croissance adaptée aux exigences actuelles en matière d'environnement et d'économie. Ce modèle passe notamment par la création de circuits et d'échanges d'information, de réseaux.
À quelles difficultés sommes-nous exposés en matière d'eau ?
Il y a un premier problème de ressources. Souvenons-nous que l'eau potable représente seulement 10 % de l'eau consommée, pour 70 % dans l'agriculture. Un des enjeux majeur se situe donc dans la réduction du gaspillage dans l'agriculture et dans le traitement des eaux usées. La quantité de céréales consommées aujourd'hui dans le monde atteint 2 000 milliards de tonnes et le stress hydrique concerne 1 milliard de personnes. D'ici quelques années ces chiffres augmenteront. A cela s'ajoute une dimension géopolitique du fait qu'à l'échelle planétaire, l'eau est très mal répartie et qu'elle se transporte mal. Des conflits sont latents quant au partage des bassins d'eau. Des quotas seront sans doute nécessaires pour gérer la pénurie dans certaines régions. Il y a donc un énorme besoin de développer une économie de l'eau appropriée et d'enclencher un cercle vertueux de technologies vertes.
En quoi la Croissance verte peut pallier au problème de la rareté, notamment de l'eau ?
Dans l'histoire humaine, quand il y a rareté, il y a progrès technique. C'est la clé. La rareté de l'énergie engendre le progrès technique en matière d'énergie : c'est le cas du feu, de la machine à vapeur, du microprocesseur pour ne citer qu'eux. Aujourd'hui, la rareté concerne de plus en plus de domaines, de matières. Pour ce qui est de l'eau, la rareté se ressent encore peu car elle reste abondante et son prix bas. Une prise de conscience existe cependant sur le fait que l'on se dirige d'ici quelques années vers une impasse. Pour faire face aux défis à venir, il faut consacrer à la gestion de l'eau, chaque année, entre 120 et 150 milliards d'euros au niveau mondial. Or, aujourd'hui, aucune institution n'investit autant et n'a les moyens de financer une telle recherche. Par ailleurs, l'investissement nécessaire ne se cantonne pas au progrès technique. L'usage de l'eau dépend aussi des conditions d'éducation, de santé, de droit... Les puissances publiques ont un rôle majeur à jouer pour inciter le développement de technologies vertes par des avantages fiscaux, des subventions. En matière d'énergie solaire par exemple, le potentiel de croissance est gigantesque. Il n'y a aucune raison que la France ne soit que le septième pays européen derrière l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande... Cela vient d'une culture, d'une volonté politique qui doit changer.
Comment, au niveau microéconomique, s'engager concrètement en faveur de la Croissance verte ?
Dans le cadre de PlaNet Finance, nous soutenons des activités génératrices de revenus. Nous avons pris le parti également de proposer aux microentrepreneurs des financements responsables, dans le respect des normes environnementales. Nous les incitons à être plus économes en matière d'énergie. Mais cette thématique de l'accès à l'eau, via des projets de microcrédit, reste à développer.
Et en France, quel peut être le rôle des collectivités locales ?
Au plan mondial, la quantité d'eau par habitant va être divisée par quatre. Les acteurs économiques et les décideurs locaux ont ainsi une fonction essentielle pour assurer l'avenir et promouvoir les conditions d'un accès à une eau de qualité. Les collectivités doivent s'engager dans une réflexion à long terme sur un usage de l'eau responsable : quelles sont les économies possibles, comment traiter de façon optimale les eaux usées ? La situation peut-être maîtrisée si des mesures techniques, économiquement incitatives, et règlementaires sont mises en place.




