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La nature devrait être sujet du droit de propriété par Michel Serres, philosophe, membre de l'Académie française

Le simple fait de parler d'«environnement» suffit à éclairer les difficultés que nous rencontrons aujourd'hui. L'usage de ce terme suppose que l'Homme est au centre du monde ; il n'est pourtant, ni plus ni moins, qu'un vivant parmi les autres sur la planète.
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La nature est un bien commun.
La nature devrait à ce titre, tout comme l'humanité, être sujet de droit, plus précisément du droit de la propriété. Car qu'est-ce que polluer, sinon marquer son territoire, s'approprier les choses ? Mon propos n'est pas ici d'imposer à l'Homme de renoncer au droit de propriété, mais plutôt de l'inciter à réfléchir à la notion de bien commun. Les rues de nos villes, l'océan, l'atmosphère sont le bien commun, et force est de constater que nous avons bien du mal à le pratiquer. L'automobile que nous utilisons étouffe l'atmosphère de nos contemporains, de la même façon qu'un navire qui dégaze en mer détruit le bien commun. Il appartient à chacun d'entre nous de considérer la Terre et les éléments pour ce qu'ils sont, un bien commun.
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Qu'allons-nous faire du monde ?
Les mentalités sont fort heureusement en train d'évoluer, mais nous devons nous méfier de la société du spectacle. J'ai en tête l'exemple de cette compagnie pétrolière américaine qui a investi 1 million de dollars dans le développement d'énergies renouvelables et cinquante fois plus pour le faire savoir. Voilà ce que j'appelle le chiffrage exact d'une hypocrisie. Le citoyen doit en avoir conscience. Il est temps que le spectacle politique s'arrête pour que l'on s'aperçoive que nous sommes dans un théâtre d'ombres et que nous sommes aveugles au monde. La question de savoir qui va gagner ne se pose plus. La seule question valable est : qu'allons-nous faire du monde ? La réponse appartient à chacun d'entre nous.




