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Traiter les problèmes de l'eau au bon endroit par Jean-Luc Trancart, professeur à l'ENPC

« Mieux vaut consommer une escalope de poulet de 150 g plutôt qu'un beefsteak du même poids ! En effet, il faut trois fois moins d'eau pour produire le premier que le second. Ce concept de l'eau virtuelle permet de donner des équivalents en m3 des produits consommation et de juger de l'impact sur les ressources des échanges économiques. C'est ainsi que 300 milliards de m3 d'eau s'exportent chaque année par le commerce international des céréales.
Démonstration. Toutefois, ce concept n'est pas opérant pour aborder la question de la gestion de l'eau qui ne se pose pas de la même façon que celle du réchauffement climatique.
Démonstration, si je circule en vélo, je réduis la quantité de CO2 émise dans l'atmosphère, je participe donc à la lutte contre les gaz à effet de serre qui profite à toute l'humanité ! Si je mange une escalope de poulet ou si je prends une douche, cela ne change rien aux problèmes des ressources en eau dans les régions désertiques, tout simplement parce que le transport de l'eau sur des grandes distances ne se fait que par la circulation des nuages, l'écoulement des fleuves et le commerce des céréales.
Traiter les problèmes au bon endroit. Selon l'endroit, le moment, la nature du prélèvement, l'usage, l'impact de la consommation d'eau sera différent. C'est pourquoi, il faut traiter les problèmes d'eau au bon endroit.
Au niveau planétaire, ce sont les conséquences du réchauffement climatique sur la répartition des eaux qu'il faut mesurer. Par exemple, si la fréquence du phénomène d'El niño (inversion des courants marins dans le Pacifique Sud) augmente, il faudra renforcer les réserves en eau de Manille et redimensionner le réseau d'évacuation des eaux usées de Santiago du Chili.
Deux questions fondamentales. La gestion de l'eau pose deux questions fondamentales : comment gérer la répartition des ressources et arbitrer les conflits entres les différents usages ? L'Union européenne y a apporté des réponses cohérentes et efficaces, notamment en associant les usagers à la réflexion. L'organisation des secteurs de l'eau des démocraties européennes est un incontestable succès : efficacité des services publics, de l'eau et de l'assainissement, lutte contre la pollution d'origine industrielle, absence de conflits interfrontaliers..., la plupart des problèmes ont été résolus. A l'exception de deux : l'impact de l'agriculture intensive sur la ressource et la mise à niveau des infrastructures.
Ces problèmes doivent être traités au niveau des bassins, de la région et des intercommunalités. Avec des responsabilités partagés : la décision aux politiques, l'innovation et la recherche de solution technique aux entreprises, le contrôle aux citoyens. »




